L’Académie du Créole haïtien a organisé, à Port-au-Prince, le 16 septembre écoulé un forum sur le droits linguistique des écoliers haïtiens. Cette activité a réuni  éducateurs, académiciens et promoteurs de la langue créole. Le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle avait procédé à l’ouverture de cette rencontre.




Conformément au thème de ces assises, le ministre Jean Beauvois Dorsonne a appelé, dès l’entame de son intervention,  au respect du droit linguistique des élèves haïtiens. Empêcher à quelqu’un, enfant ou adulte, de jouir de ce droit constitue une forme de violence, tout naturellement condamnable, a lâché le titulaire de l’Education nationale.

Si la constitution haïtienne consacre le créole et le français comme les deux langues officielles, néanmoins la pratique du créole, la langue maternelle haïtienne, est ostracisée dans certains établissements scolaires. Comme  principal gérant du système éducatif national, le ministre a reconnu sa  responsabilité d’encourager l’utilisation égalitaire des deux langues dans les milieux scolaires, d’ailleurs elles sont considérées comme deux langues d’enseignement.

Le créole comme langue première de la majorité des écoliers haïtiens offre la possibilité à ces derniers de s’exprimer librement, et cette liberté est de toute importance pour le progrès scolaire des enfants, a fait remarquer le ministre Dorsonne. Un enfant, à cause d’une quelconque barrière linguistique, ne peut être à son aise dans une salle classe ; il aura peur de parler, de livrer ses pensées, et ce faisant, cela va bloquer son développement mental et entraver son épanouissement. De tels méfaits méritent d’être évacués, a soutenu le titulaire du ministère de l’Education nationale.

Seul le ministère ne pourra pas changer la donne, voilà pourquoi le ministre Dorsonne a appelé à l’intervention de toutes les institutions conscientes de cette situation. A côté des éducateurs, des académiciens, des promoteurs patentés du créole, la société dans son ensemble doit se rendre à l’évidence que la diminution du créole comme langue d’apprentissage se révèle une violation de la constitution haïtienne ; un acte social de mise l’écart, aussi un acte qui fait une entorse à la culture, à l’histoire nationale, en considérant que le créole a été toujours le grand et infaillible trait-d’union entre tous les Haïtiens, hier comme aujourd’hui.  




Les propos du ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle ont fait écho aux inquiétudes soulevées par le président de l’Académie du Créole haïtien. Elles se rapportent aux châtiments corporels, aux mépris infligés aux élèves qui osent s’exprimer en créole en violation de principes injustes et injustifiés établis dans certaines institutions scolaires. Jean Pauris Jean-Baptiste a dit clairement toute la gravité sociale et scolaire d’une pareille discrimination.

Comme dans une suite logique, Florence Elie, la Protectrice du Citoyen a abondé dans le même sens. On peut dire autant pour Gertrude Séjour de la Fondation Maurice A. Sixto, autant pour Lisane André directrice du Club Taïno.

La Fondation Maurice A. Sixto et le Club Taïno ont recueilli les témoignages d’enfants sévèrement punis pour s’être exprimé en créole alors qu’ils étaient en pleine activité scolaire. Parler en créole se révèle un délit. Les punitions sont les plus dégradantes. Parfois, ces enfants sont battus ; ils sont forcés de quitter la classe ; ils sont, dans d’autres cas, contraints de porter un bracelet pour donner publicité à leur infraction; ils sont parfois placés debout face contre un mur. Pour les plus grands, ils peuvent être obligés de collecter les déchets et de vider les poubelles des autres classes ; ils sont mis debout sur la cour de l’établissement afin qu’ils soient fouettés par le soleil ; ils sont tournés en dérision par leurs camarades… La liste des châtiments  est longue. 

L’égrainage de ces sanctions a permis à l’assistance de saisir l’ampleur de ce que représente l’échappement de quelques mots créoles de la bouche d’un élève fréquentant ces établissements scolaires ignorant la diversité linguistique et culturelle  que poursuit la francophonie. 

Idson Saint-Fleur

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