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Les personnes dites handicapées, une force endormie du pays

Une nation se doit de tirer profit de la pleine potentialité de ses citoyens afin d’assurer son autarcie à bien des égards. Malheureusement, Haïti, semble-t-il, ne fait pas grand cas de cette disposition naturelle  des choses.

 Nul besoin d’appareils d’observation scientifique sophistiqués pour constater le phénomène de la fuite de cerveaux qui sévit sur le pays. Et il s’agit généralement des cerveaux les mieux préparés emportant avec eux une bonne part du trésor national vers des destinations parfois douteuses.  Une autre catégorie, n’ayant pas choisi ou n’étant pas capable de quitter le pays sont en train de se  fondre dans la masse  des sans voix et des laissés pour compte entrainant avec eux une bonne part de la richesse du pays au néant. Ces deux scenarios sont survenus parce que le pays n’a jamais su donner  la voix au chapitre à ses valeurs  humaines. En d’autres termes, il n’a pas su les intégrer au mieux pour son propre épanouissement. Un groupe de personnes, en particulier, souffre au mieux cette exclusion. Ce sont pour la plupart des gens que les aléas de la vie ont amputé d’un membre ou entravé les activités motrices : On les appelle des « personnes handicapées ».

A mon humble avis, on fait un double tort à ces gens déjà victimes sur le plan de l’égalité des chances. Etant des êtres grégaires, On devrait tout simplement, dans une posture d’humain, être en train de leur donner assistances de toutes sortes comme le commande notre humanité. Nous en écarter ne fait-il pas de nous des sous-hommes ? 

Par ailleurs, je crois qu’on les appelle à tort des handicapés dans la mesure où cette expression sous-entend  que ces gens ont un quelconque empêchement ou blocage à s’intégrer à l’assemblée des communs des mortels. Or  ces gens sont pour la plupart des savants, des professionnels voire des sportifs que notre système n’intègre pas du tout ou pas assez en tout cas. Manifestement, ces gens ont leur mot à dire dans le koumbit pou yon Ayiti miyò.

Disons-le franchement, personne ne peut se vanter de tout savoir ou de pouvoir  tout faire. Lionel Messi peut bien être un idiot aux yeux de Kobe Bryant. De même que ce

dernier aurait pu être un con de pire espèce aux yeux de Jackie Robinson de son vivant. Albert Einstein a dit, à propos de l’éducation, que si l’on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il va passer toute sa vie à penser qu’il est nul. 

Je ne voudrais que les grands  Palto , les décideurs, les dirigeants de la perle des Antilles aient conscience qu’ils sont en train de passer à côté d’une force non négligeable pour la croissance du pays. La perte d’un membre quelconque ne doit pas être associée à une quelconque idée d’incapacité. Je crois aussi, dans une large mesure,  que le véritable handicap réside dans le refus de s’affirmer, de se faire valoir dans la cour des grands. Ce, peu importe que l’on soit amputé d’un membre ou pas.  Il est grandement temps que les grands de ce pays se rendent compte que la responsabilité de faire participer  et d’inclure les victimes des aléas de la vie dans la cause nationale leur revient de plein droit. 

Cela dit,  il serait tout à fait démesuré de considérer le fameux humoriste franco-marocain Jamel Debbouze comme un handicapé. Pire encore, l’éminente professeure et psychologue  Marie Carmen Flambert Chérie. Ce sont des héros qui ont imposé leur propre rythme à la vie au-delà de leurs limitations physiques. Ce sont deux prototypes de toute une population qui n’attend qu’à être reconnu et accepté […]

La morale ou encore mieux la bienséance recommande que l’on se porte toujours volontiers à aider une personne en difficulté. Ainsi, invité-je tout un chacun à se dire : « je dois intégrer la réalité des personnes handicapées dans ma propre réalité : leur offrir mon assistance autant que j’en suis capable, et finalement veiller à ce qu’elles soient respectées comme des personnes à part entière ». Il n’y a pas lieu de parler d’excès de langage ici, tout citoyen désireux peut tenir de tels propos.

Ensemble, faisons de la participation et de l’inclusion des personnes dites handicapées dans la vie commune un objectif national. D’un front commun, réveillons cette force si longtemps endormie […] Ouvrons-leur une porte sur la société. Montrons-leur que la vie est faite de superpositions de différences et que tout le monde y est le bienvenu. Je suis sûr et certain que les générations à venir nous seront très redevables si aujourd’hui l’on se dit sincèrement que : « Patisipasyon ak enklizyon moun nou di andikape yo se zafè pa m, se zafè pa w, nou tout konsène ».

Donaldson VELNY

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