
TRIBUNE — Frantz Elbé, citoyen engagé | 26 septembre 2026
PORT-AU-PRINCE — En observant la situation actuelle d’Haïti, Frantz Elbé estime que le pays est confronté non seulement à des crises politique, sécuritaire et économique, mais également à une crise de confiance. Dans une tribune publiée le 26 septembre, il soutient que le rétablissement de cette confiance constitue une condition essentielle pour permettre au pays de progresser durablement.
Selon l’auteur, quatre dérives contribuent particulièrement à cette crise : la tricherie, le mensonge, la falsification et la manipulation. Il les analyse à travers quatre domaines qu’il considère comme essentiels à la vie nationale : la science, l’histoire, les religions et la politique.
Pour Frantz Elbé, il ne s’agit pas de remettre en cause ces domaines, mais de rappeler leur responsabilité dans la construction d’une société fondée sur la vérité et la responsabilité.
La science face aux pratiques de falsification
Dans sa réflexion, l’auteur estime que la tricherie ne se limite pas à la fraude scolaire ou à l’achat de diplômes. Elle peut également prendre la forme de statistiques présentées de manière incomplète, de résultats embellis ou encore de compétences revendiquées sans véritable fondement.
Selon lui, lorsque ces pratiques touchent des secteurs tels que la santé, l’agriculture, l’environnement ou les infrastructures, leurs conséquences peuvent être importantes.
Frantz Elbé déplore notamment que certaines décisions publiques puissent être prises sans études suffisantes ou que des projets soient annoncés sans données qu’il juge suffisamment fiables.
Il appelle ainsi à renforcer la recherche, l’éducation, l’expertise et l’accès aux données, tout en favorisant des méthodes transparentes et des évaluations indépendantes.
À ses yeux, la force de la science réside notamment dans sa capacité à reconnaître ses erreurs et à les corriger.
L’histoire entre mémoire et omissions
La question de la mémoire occupe également une place importante dans cette tribune. Frantz Elbé rappelle le caractère exceptionnel de l’histoire d’Haïti, marquée notamment par la révolution ayant conduit à l’abolition de l’esclavage et à l’indépendance du pays en 1804.
Mais il estime que cette histoire doit également être étudiée dans toute sa complexité, en tenant compte des divisions, des violences, des luttes de pouvoir, des interventions étrangères et des responsabilités nationales.
Selon lui, une lecture sélective du passé peut conduire soit à idéaliser certaines périodes, soit à ne retenir que les échecs. Dans les deux cas, estime-t-il, la compréhension de l’histoire s’en trouve limitée.
L’auteur plaide ainsi pour un enseignement historique rigoureux, l’ouverture des archives et le développement de la recherche afin de favoriser un débat plus documenté sur le passé du pays.
La foi et la responsabilité des communautés religieuses
Dans son analyse, Frantz Elbé aborde également le rôle des religions dans la société haïtienne. Il reconnaît leur importance pour de nombreuses familles, notamment dans les moments difficiles, ainsi que leur capacité à créer des liens de solidarité et à apporter de l’espérance.
Il met cependant en garde contre l’utilisation de la foi à des fins d’exploitation, de contrôle des consciences ou d’enrichissement.
L’auteur critique notamment les pratiques consistant, selon lui, à exploiter la peur ou la vulnérabilité économique de certains fidèles en échange de promesses de miracles ou de solutions présentées comme certaines.
Pour lui, les communautés religieuses peuvent contribuer à la reconstruction morale du pays en mettant davantage l’accent sur la vérité, la solidarité, la responsabilité, la dignité humaine et le respect de la conscience individuelle.
La politique et la crise de confiance
La question politique constitue l’un des principaux axes de la tribune. Frantz Elbé estime que la confiance des citoyens peut être fragilisée par les promesses non tenues, la circulation de rumeurs et les difficultés socioéconomiques qui peuvent limiter la capacité de certains citoyens à effectuer des choix qu’il souhaite libres et éclairés.
L’auteur appelle les responsables politiques à considérer les citoyens comme des acteurs de la vie nationale plutôt que comme un simple électorat à convaincre.
Il plaide également pour le renforcement des institutions, notamment la justice, la presse, le système électoral et les partis politiques, ainsi que pour une plus grande accessibilité des informations relatives aux budgets, aux contrats et aux décisions publiques.
Selon lui, la démocratie ne se limite pas aux périodes électorales et implique également que les responsables publics rendent régulièrement compte de leur gestion.
Pour une culture de la vérité
Dans la dernière partie de sa tribune, Frantz Elbé défend l’idée que la transformation d’Haïti ne peut reposer uniquement sur l’arrivée d’un dirigeant présenté comme un sauveur. Il estime qu’elle nécessite plutôt une évolution des règles, des pratiques et des comportements qui permettent à la tromperie de se maintenir.
Il résume cette vision autour de plusieurs exigences : la science doit vérifier, l’histoire doit transmettre, les religions doivent préserver la dignité humaine et la politique doit servir l’intérêt public tout en rendant des comptes.
Pour l’auteur, ces différents domaines sont interdépendants. Il estime notamment qu’une faiblesse institutionnelle peut affecter l’éducation et la recherche, qu’une lecture incomplète de l’histoire peut alimenter les divisions et que la circulation de fausses informations peut prendre davantage de place lorsque les faits scientifiques sont négligés.
Frantz Elbé conclut que la reconstruction d’Haïti devra être à la fois matérielle, économique, institutionnelle et morale.
Il appelle ainsi à l’émergence d’une nouvelle discipline collective fondée sur quelques principes : vérifier avant d’affirmer, reconnaître les erreurs avant de les nier, servir avant de profiter et rendre des comptes avant de réclamer la confiance.
Selon cette tribune, le véritable changement passera par l’instauration d’une culture dans laquelle la vérité devient une valeur publique et un élément central de la reconstruction nationale.
