
Pétion-Ville, 27 septembre 2026 — Le lancement de la Plateforme Victoire, porté par le candidat à la présidence Wilner Joseph, a été marqué par une formule qui n’est pas passée inaperçue. Devant des militants issus d’une cinquantaine de partis politiques, le candidat a déclaré : « Si nou pa vle viv ansanm, n ap disparèt tankou yon bann idyo », appelant ainsi à l’unité et à la cohésion entre les Haïtiens.
La formule prend toutefois une résonance particulière dans le contexte actuel, puisque « Viv Ansanm » est également le nom attribué à une coalition de groupes armés active en Haïti. Ce rapprochement lexical a rapidement suscité des réactions et des interrogations, même si l’emploi de l’expression par Wilner Joseph ne permet, à lui seul, d’établir aucun lien avec cette coalition.
Des accusations qui restent à vérifier
La controverse intervient alors que Wilner Joseph fait déjà l’objet d’allégations concernant de possibles contacts avec des groupes armés dans le cadre de ses activités politiques.
Candidat à la députation dans la troisième circonscription de Port-au-Prince, une zone particulièrement affectée par l’insécurité, il lui est notamment reproché, selon des témoignages rapportés par certains citoyens, d’avoir rencontré des groupes armés afin de faciliter le déroulement de sa campagne.
Ces accusations n’ont toutefois pas été établies par des éléments publics permettant de les considérer comme des faits avérés. Elles appellent donc des vérifications et, surtout, une réponse directe du principal intéressé.
À ce stade, les interrogations portent notamment sur sa position à l’égard des groupes armés, sur les mesures qu’il entend prendre face à l’insécurité et sur la manière dont il compte exercer son autorité dans les zones sous influence ou contrôle de ces groupes.
Le défi de la crédibilité
Pour un candidat qui se présente comme porteur d’une rupture avec les pratiques politiques traditionnelles, la question de la transparence devient centrale.
La Plateforme Victoire affirme vouloir rompre avec une classe politique qu’elle accuse d’être responsable de plusieurs décennies de difficultés. Mais cette volonté de changement devra également s’accompagner d’explications précises sur les accusations visant certains de ses responsables ou candidats.
Le simple appel à l’unité nationale ne suffit donc pas à dissiper les interrogations. Dans un pays confronté à une crise sécuritaire majeure, les électeurs attendent également des candidats des positions claires sur les gangs, la sécurité publique et les moyens de rétablir l’autorité de l’État.
Une rupture encore à démontrer
La Plateforme Victoire est par ailleurs présentée par ses adversaires comme étant proche du pouvoir de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, ce que ses responsables peuvent contester. Dans le même temps, elle revendique une rupture avec les pratiques d’une classe politique installée depuis plusieurs décennies.
Le contraste entre ce discours de renouvellement et les interrogations qui entourent certains acteurs de la plateforme constitue désormais un enjeu de crédibilité.
L’appel lancé aux citoyens pour s’inscrire auprès du Conseil électoral provisoire (CEP) peut contribuer à la mobilisation électorale. Mais, pour convaincre au-delà des slogans, la Plateforme Victoire devra également présenter un programme détaillé, une stratégie crédible de lutte contre l’insécurité et des réponses précises aux interrogations soulevées autour de ses candidats.
Dans le contexte haïtien actuel, le véritable enjeu ne sera donc pas seulement de promettre le « vivre ensemble », mais de démontrer concrètement comment l’État pourra le garantir sur l’ensemble du territoire.
