
Port-au-Prince, 18 septembre 2026. Repenser la reforestation en partant des territoires et de ceux qui y vivent, c’est l’ambition affichée ce jeudi 17 septembre par les autorités haïtiennes lors du lancement officiel de la Stratégie nationale de reforestation communautaire, organisé à l’Hôtel Kinam, à Pétion-Ville.
Portée par le Ministère de l’Environnement, en collaboration avec le Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), et sous l’ égide de la Primature, cette nouvelle stratégie entend placer les communautés au centre des efforts de restauration des paysages dégradés.
La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants d’institutions publiques, d’organisations environnementales, du secteur privé ainsi que des partenaires techniques et financiers dont le ministre de l’Agriculture, Marcelin Aubourg, qui a intervenu à distance.
Un Changement de logique dans la lutte contre la dégradation des terres.
Dans son intervention, le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, a défendu une approche qui cherche à dépasser les campagnes ponctuelles de plantation pour s’orienter vers un modèle plus durable, dans lequel la protection de l’environnement peut également mener à la création des emplois verts, au soutien des producteurs, à la mise en place de nouvelles opportunités économiques aux populations rurales , notamment aux jeunes et aux femmes.
Son objectif est clair : “ passer de la dépense environnementale à l’investissement productif “.
Celui-ci résume l’une des principales orientations de la stratégie : faire de la restauration des écosystèmes une activité susceptible de produire des retombées concrètes pour les populations locales.
Le ministre a également annoncé une initiative qui devrait être développée avec le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales autour de la création de forêts communales sur des terrains relevant du domaine de l’État. L’objectif est de renforcer la participation des collectivités et des communautés dans la gestion et la restauration des espaces forestiers.
“Restaurer un territoire ne signifie pas seulement planter des arbres”
Cette conception de la reforestation a également été développée par le ministre de l’Agriculture, Marcelin Aubourg. Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité d’associer les agriculteurs aux décisions concernant les zones à restaurer et les espèces à privilégier.
Pour le MARNDR, le choix des interventions doit tenir compte des réalités propres à chaque territoire : caractéristiques écologiques, besoins agricoles, conditions économiques et moyens de subsistance des populations.
La stratégie s’inscrit ainsi dans une vision plus large de restauration des territoires. Elle englobe notamment la protection des bassins versants, la restauration des sols, l’amélioration de la couverture végétale et le développement de l’agroforesterie.
Cette approche cherche également à rapprocher les différentes interventions publiques et communautaires afin d’éviter que les actions de restauration soient menées de manière isolée.
Des objectifs chiffrés à l’horizon 2031.
Présentée au cours de la cérémonie par la Direction des Forêts et des Énergies renouvelables (DFER), la stratégie nationale de reforestation communautaire fixe plusieurs objectifs pour les cinq prochaines années.
Les autorités visent notamment la restauration de plus de 50 000 hectares de paysages dégradés, le développement ou le renforcement de 100 pépinières communautaires dans les dix départements, l’implication de plus de 50 000 ménages et la création ou le soutien de plus de 10 000 emplois verts.
Le document prévoit également un renforcement des mécanismes de suivi afin de mieux mesurer les superficies effectivement restaurées et d’améliorer la traçabilité des interventions.
La DFER entend par ailleurs s’appuyer sur des outils de suivi tels que la plateforme PRAIS4, pouvant documenter l’évolution de la dégradation des terres et de la couverture terrestre dans le cadre des engagements internationaux d’Haïti.
Les communautés au cœur du dispositif
Au-delà des chiffres, la stratégie nationale mise particulièrement sur l’implication des populations locales. Son déploiement doit reposer sur plusieurs principes, notamment appropriation et la gouvernance locales, le choix d’espèces adaptées aux territoires, l’intégration de l’agroforesterie et la création d’avantages économiques directs pour les communautés.
Cette orientation répond à une réalité soulignée dans le document de présentation : les espaces ruraux ne peuvent être durablement restaurés sans tenir compte des besoins des populations qui dépendent directement des ressources naturelles.
Dans cette perspective, agriculteurs, collectivités territoriales, associations communautaires, organisations de femmes et de jeunes, institutions publiques et partenaires techniques sont appelés à participer à la mise en œuvre de la stratégie.
Le ministre Valéry Fils-Aimé a d’ailleurs résumé cette nouvelle philosophie par une formule qui dépasse la seule question des arbres : « construire une véritable économie de la restauration ». Une manière de présenter la reforestation non seulement comme une réponse à la dégradation environnementale, mais également comme un secteur pouvant contribuer aux revenus et aux moyens de subsistance des communautés.
Avec cette stratégie, les autorités entendent donc faire évoluer la manière dont Haïti aborde la restauration de ses territoires : planter, certes, mais surtout restaurer, protéger, produire et permettre aux communautés de tirer durablement profit des ressources qu’elles contribuent à préserver.
D’ici 2031, la concrétisation de ces ambitions reposera toutefois sur la capacité des institutions, des collectivités, des communautés et des partenaires à transformer les objectifs annoncés en interventions durables sur le terrain
